L’indemnisation des victimes d’émeutes est un droit extraordinaire mais malheureusement peu connu du grand public.
L’indemnisation des victimes d’émeutes repose principalement sur l’article L211-10 du Code de la sécurité intérieure. Ce texte prévoit que l’État est civilement responsable des dommages causés par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés. Cette responsabilité est de nature objective, c’est-à-dire qu’elle ne suppose pas de faute de la part de l’État. Il suffit de démontrer que le dommage est directement imputable à un attroupement ou un rassemblement.
Cela signifie que les victimes d’actes de vandalisme, d’incendies ou de pillages lors d’émeutes peuvent obtenir réparation sans avoir à prouver une défaillance des forces de l’ordre.
Ce sujet a été largement abordé lorsque nous parlions des émeutes en Nouvelle Calédonie survenues en mai 2024.
Cependant, régulièrement des émeutes interviennent et les victimes sont nombreuses. On peut évoquer les émeutes urbaines de 2005, ou encore celles survenues lors du décès tragique de Nael.
Récemment, c’est la victoire du PSG à la ligue des champions intervenue fin mai 2025 (qui l’aurait cru !) qui a causé de nombreux dégâts.
A chaque fois, les victimes, commerçants, riverains, propriétaires sont nombreuses. Pourtant, assurer la sécurité publique constitue la première des mission d’un Etat régalien.
Nous vous expliquons tout ce qu’il y a à savoir au sujet de l’indemnisation des victimes d’émeutes.
Pourquoi engager la responsabilité de l’Etat suite à une émeute ?
Voici les raisons pour lesquelles les victimes doivent recourir à ce type de responsabilité.
Une Solution plus simple
Les victimes sont dans une situation beaucoup plus simple qu’avec leurs assurances.
Les victimes n’ont pas à identifier les auteurs des faits ni démontrer une faute de l’État.
En engageant la responsabilité de l’État sur le fondement de l’article L211-10 du Code de la sécurité intérieure, les victimes peuvent obtenir réparation intégrale de leurs préjudices matériels (incendies, dégradations, vols).
Le contentieux administratif est plus rapide que les contentieux judiciaire ou pénal. Pour rappel, voici les délais de la justice.
Un responsable solvable
Éviter les incertitudes liées à l’insolvabilité
Dans de nombreux cas, les auteurs des violences, lorsqu’ils sont identifiés, ne sont pas solvables.
En revanche, l’Etat est toujours solvable !
Cela permet d’éviter de longues procédures pénales sans garantie de résultat ni d’indemnisation concrète.
Echapper aux clauses limitatives de responsabilité des assurances
Bien souvent, les victimes découvrent si elles sont bien ou mal assurées, voire assurées lorsqu’elles sont face à un drame.
Naturellement, une victime est bien souvent mal assurée, lorsqu’elle est assurée. Surtout, si elle est assurée, elle découvre les clauses limitatives de responsabilité. Et malheureusement, c’est à ce moment qu’elle se rend qu’elle ne remplit pas les conditions.
Heureusement, la responsabilité de l’Etat ne peut pas être contractuellement limitée. Le code de la sécurité intérieure ne prévoit pas de possibilité d’échapper à sa responsabilité.
Un besoin de justice
Engager la responsabilité de l’État permet aux victimes de reprendre l’initiative dans un moment où elles se trouvent affaiblies, exposées et parfois isolées.
C’est aussi un moyen de signaler publiquement, juridiquement et symboliquement que leur préjudice n’est pas un dommage collatéral acceptable, mais une atteinte grave à leurs droits fondamentaux, notamment au droit de propriété.
Obtenir une indemnisation intégrale
Généralement, les victimes, mal conseillées, se retournent devant la Commission d’Indemnisation des Victimes d’infraction (CIVI).
Celle ci forfaitise le droit à réparation des victimes en fixant un plafond.
Ainsi par exemple, si un véhicule a été incendié sans que la garantie incendie ait été souscrite, la victime peut demander une indemnisation maximale de 4 823 € à la CIVI, à condition que ses ressources annuelles ne dépassent pas 28 599 € en 2025 pour une personne seule, avec des majorations possibles selon les personnes à charge.
Avec l’Etat, l’indemnisation est intégrale. Naturellement, la charge définitive de celle ci ne lui incombe pas. Il peut toujours poursuivre les auteurs d’infraction, une fois ceux ci identifiés.
C’est pourquoi ce régime de responsabilité vise à créer une véritable solution adaptée aux victimes.
Comment obtenir une indemnisation après émeute ?
L’indemnisation des victimes d’émeutes peut passer par trois mécanismes :
- 1. actionner leurs assurances ;
- 2. Saisir la CIVI ;
- 3. Engager la responsabilité de l’Etat ;
L’indemnisation des émeutes par son assurance
Garanties nécessaires
Pour être indemnisé à la suite d’une émeute, vous devez avoir souscrit une garantie spécifique : incendie, bris de glace ou dommages tous accidents. Ces garanties ne sont pas incluses dans les contrats au tiers de base.
Contrats adaptés
Seuls les conventions, contrats « tous risques » ou « tiers étendu » prévoient en général une couverture des dommages liés à des mouvements de foule.
Exclusions contractuelles
Certaines assurances excluent expressément les émeutes ou mouvements populaires. Il est essentiel de vérifier les conditions générales de votre contrat.
La liste des exclusions est rarement connues. Ainsi, certains dommages occasionnés par ce type d’évènement ne sont pas garantis.
Délais de déclaration
Le sinistre doit être déclaré dans un délai de quelques jours. Il convient de fournir des preuves : dépôt de plainte, photos, constat.
Évaluation et franchise
L’assureur peut envoyer un expert pour évaluer les dommages. Une franchise s’applique, réduisant l’indemnisation selon les seuils prévus au contrat.
Après avoir saisie l’assurance, il faut obtenir son accord. Celui ci n’est pas toujours simple à obtenir.
L’indemnisation par la CIVI
Il existe des fonds de garantie venant en aide aux victimes. C’est le cas de la Commission d’Indemnisation des victimes d’infraction (CIVI).
Si votre véhicule a été incendié ou vos biens endommagés lors d’une émeute, et que vous n’avez pas souscrit une garantie incendie ou vandalisme, la CIVI peut vous indemniser à condition :
- que vos ressources annuelles ne dépassent pas 28 599 € (plafond en vigueur en 2025 pour une personne seule, avec majorations pour personnes à charge)
- que vous puissiez prouver que votre véhicule ou bien était en règle (assurance, certificat d’immatriculation, contrôle technique)
- que l’auteur du dommage soit inconnu, insolvable ou non poursuivi
Dans ce cadre, la CIVI garantit un montant maximum de 4 823 € pour les dommages matériels.
Si vous avez subi des blessures, des séquelles physiques ou psychologiques lors d’une émeute, la CIVI garantit une indemnisation intégrale de vos préjudices sans condition de ressources, à condition que le dommage constitue une infraction pénale (violences volontaires, coups, traumatisme…).
Dans ce cas, la CIVI peut verser une indemnisation sans plafond, prenant en charge les frais médicaux, les pertes de revenus, le préjudice moral ou corporel.
La décision de la CIVI peut être décevante car souvent, en deçà de la réalité du préjudice.
Face aux limites de ces deux mécanismes, la responsabilité de l’Etat est une meilleure solution.
Comment engager la responsabilité de l’Etat suite à une émeute ?
L’indemnisation des victimes d’émeutes doit respecter plusieurs étapes.
La demande indemnitaire préalable
La première étape consiste à adresser une demande écrite d’indemnisation au préfet du département dans lequel les dommages ont été subis. Cette demande doit exposer les faits, démontrer l’existence d’un attroupement ou rassemblement violent et établir le lien direct entre cet événement et les dommages.
Elle doit être suffisamment motivée, c’est-à-dire contenir une présentation claire des circonstances, la localisation précise des faits et une description des préjudices. Il est recommandé de l’envoyer par lettre recommandée avec accusé de réception.
Pour aller plus loin sur la forme de votre courrier, c’est par ici !
Respecter la forclusion
Attention, une telle demande oblige à saisir un juge dans un délai de deux mois à compter d’une décision de rejet.
Une décision de rejet intervient soit expressément soit implicitement. Expressément, le préfet vous répond et vous refuse l’indemnisation. Implicitement, le silence gardé pendant plus de deux mois à compter de la réception de votre demande vaut rejet.
Ainsi, le refus peut être matérialisé par un silence.
Passé ce délai, il n’est plus possible d’agir, sauf à faire naître une nouvelle demande indemnitaire préalable.
Fournir les justificatifs nécessaires
La demande doit être accompagnée de tous les justificatifs utiles : constats d’huissier, devis de réparation, photos des dégradations, rapports d’expertise, plainte déposée auprès des forces de l’ordre, attestations, coupures de presse.
Plus le dossier est documenté, plus l’administration pourra instruire rapidement la demande.
Respecter la prescription quadriennale
La demande d’indemnisation doit être présentée dans un délai de quatre ans à compter du 1er janvier de l’année suivant celle au cours de laquelle les faits ont eu lieu.
Ce délai résulte de la loi du 31 décembre 1968.
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Recourir à un avocat
Le ministère d’avocat est obligatoire pour saisir la juridiction administrative.
En effet, dès lors que vous réclamez une somme d’argent à l’administration, un avocat doit intervenir.
Cette obligation légale (article R.431-2 du code de justice administrative).
En réalité, bien qu’il s’agisse d’une obligation légale, sans avocat le non professionnel du droit n’a aucune chance d’obtenir une indemnisation.
Ainsi, faire appel à un avocat est un préalable indispensable. Alors que la saisine d’un avocat intervient souvent en dernier lieu, elle devrait intervenir dès le début.
Les bons conseils prodigués en amont sont bien plus utiles et apporte un meilleur service aux victimes.
En outre, une bonne préparation du dossier pourraient conduire à un meilleur résultat avant toute saisine. C’est un travail à réaliser en amont d’un dossier.
Pour aller au fond d’une procédure, il est indispensable d’obtenir une prise en compte de tous les préjudices. Un point sur ceux qui relèvent directement de l’évènement, et ceux qui en sont parfois la conséquence indirecte (perte d’un travail, la maladie etc…).
Quelles conditions remplir pour engager la responsabilité de l’Etat ?
Voici les différentes conditions à remplir pour saisir le tribunal. Une fois condamné l’Etat devra indemniser la victime.
L’existence d’un attroupement ou rassemblement
Il faut tout d’abord prouver que le dommage est survenu à l’occasion d’un attroupement ou rassemblement.
La loi retient une définition large de ces termes : il s’agit d’un regroupement spontané ou organisé, avec ou sans armes, sur la voie publique, caractérisé par un trouble manifeste à l’ordre public (article 431-3 du code pénal).
La notion d’attroupement, au sens de la loi, implique un rassemblement de personnes sur la voie publique ou dans un lieu public, susceptible de troubler l’ordre public.
Il n’est pas nécessaire que le rassemblement soit armé, ni qu’il soit spontané ou organisé, pour que la responsabilité de l’État puisse être engagée.
Ce qui importe, c’est la commission d’un crime ou d’un délit à force ouverte ou par violence, par le groupe ainsi constitué.
L’émeute ou le mouvement violent doit être clairement établi, ce qui peut être prouvé par des éléments factuels (témoignages, vidéos, rapports de police, articles de presse).
Un lien direct entre l’attroupement et le dommage
La victime doit ensuite démontrer que le dommage est la conséquence directe des faits commis par les participants à l’attroupement. Il ne suffit pas que les dégradations aient eu lieu dans un climat général de tension : elles doivent être imputables à l’action violente du rassemblement.
Autrement dit, il faut établir un lien de causalité direct et certain entre l’émeute et le préjudice subi. Le simple fait qu’un dommage ait eu lieu dans un quartier touché par des émeutes ne suffit pas si l’on ne peut prouver qu’il est dû à cet événement.
La réalité du préjudice invoqué
Enfin, la victime doit justifier l’existence et le montant de son préjudice. Les dommages matériels sont couverts (détérioration de biens, incendies, vols liés à l’émeute).
Les dommages matériels causés aux biens, qu’il s’agisse de dégradations, destructions ou pertes, dès lors qu’ils résultent directement d’un crime ou d’un délit commis par un attroupement ou un rassemblement identifié.
Les dommages corporels subis par les personnes, victimes directes des violences commises à l’occasion de l’attroupement.
Les préjudices économiques ou commerciaux, tels que la perte d’exploitation, l’accroissement de charges, la perte de recettes, à condition qu’ils soient la conséquence directe des faits commis par l’attroupement.
Les préjudices moraux, dans la mesure où ils sont la conséquence directe des infractions commises par l’attroupement.
Il est donc essentiel de produire tous les justificatifs : factures, devis de remise en état, attestations, photos, constat d’huissier, etc.
Absence de faute de la victime
Même si le régime est objectif, la responsabilité de l’État peut être écartée si la victime a contribué elle-même à la réalisation de son dommage. Cela vise par exemple les situations où la victime aurait provoqué les manifestants ou ouvertement contribué aux troubles.
La bonne foi et le comportement raisonnable de la victime sont donc implicitement exigés pour bénéficier de l’indemnisation.
Qui peut bénéficier de l’indemnisation ?
Les conditions varient selon que l’on se retourne contre l’Etat ou la CIVI.
Recours contre l’Etat
Toute personne physique ou morale (particulier, commerçant, entreprise, association) peut demander une indemnisation si elle a subi un dommage matériel ou moral directement imputable à un attroupement ou un rassemblement violent. Cela concerne notamment les incendies, dégradations, pillages ou vols dans un contexte d’émeute.
Ce droit s’exerce auprès de l’État, sur le fondement de l’article L211-10 du Code de la sécurité intérieure, sans condition de ressources.
Le recouvrement des sommes est aisé. C’est le Préfet, autorité territoriale compétente qui sera chargée d’instruire le dossier.
La Commune sur laquelle les faits ont eu lieu n’intervient pas. En outre, la décision de justice n’est pas une étape indispensable. En effet, le préfet ou le premier ministre peuvent accorder un indemnisation spontanément.
Recours devant la CIVI
La mission de la CIVI est d’indemniser les victimes d’infraction. Le fonctionnement de la CIVI est expliqué dans un autre article.
Peut bénéficier d’une aide financière toute victime, personne physique, ayant subi un dommage causé par une émeute, à condition de respecter certains critères précis.
Le fonds de garantie des victimes, ici la CIVI, permet à un particulier de pouvoir bénéficier une indemnisation, sous condition de ressources si le dommage est matériel.
En outre, l’auteur de l’infraction doit être insolvable, ou inconnu ou non poursuivi.
Egalement, une entreprise ne peut pas engager de démarche devant la CIVI.
La Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI) est un dispositif destiné exclusivement aux personnes physiques, c’est-à-dire aux particuliers, et non aux personnes morales (sociétés, associations, collectivités).
Pour les dommages corporels, aucune condition de ressources n’est exigée.
Pourquoi une victime d’émeute doit privilégier un recours contre l’Etat ?
La responsabilité sans faute de l’État, prévue à l’article L211-10 du Code de la sécurité intérieure, permet d’obtenir réparation de tous les dommages causés par un attroupement ou un rassemblement sans avoir à démontrer une infraction ou à identifier l’auteur.
La victime peut être indemnisée sans faute suite à un mouvement populaire qui a provoqué une perte, un vol ou une atteinte grave à ses droits.
La loi prévoit ainsi une possibilité d’action.
En revanche, il existe des limites puisque ce type de responsabilité ne couvre pas la catastrophe naturelle.


