Malentendu au tribunal

David GUYON

C’est la pause déjeuner. Le rythme de la ville a temporairement ralenti. Ciel bleu, vent faible, climat tempéré, c’est une belle journée d’hiver comme on en connait très souvent dans le Sud et particulièrement à Montpellier.

Je décide d’enfourcher ma trottinette électrique et de profiter de cette accalmie pour accomplir quelques démarches au palais. En cette période de crise sanitaire, le tribunal a posté des agents de police aux grilles du palais afin de gérer le flux de personnes.

A force de venir, les agents habituellement en poste finissent par reconnaître mes confrères et moi-même. Des liens de grande sympathie ce sont même liés avec certains d’entre nous.

Ce jour, il n’y a personne à l’entrée. D’un pas assuré je continue mon chemin jusqu’à ce qu’une voix m’interpelle et me demande de m’identifier. Un agent, sortant d’une porte derrière la grille vient à ma rencontre. Je m’exécute aimablement et me présente « je suis David Guyon, je suis avocat au barreau de Montpellier ». Je ne sors pas ma carte professionnelle pour justifier de mon identité mais reste disposé à le faire en cas de besoin. L’homme bredouille et me laisse continuer mon chemin.

En revenant, et souhaitant communiquer sur mon activité, je lui propose ma carte de visite. Un geste anodin avec les nombreuses personnes que je rencontre habituellement. Par la remise de cette carte je souhaitais l’inviter à suivre l’activité d’un avocat parmi tant d’autres qu’il côtoie sans le savoir dans les couloirs du palais.

Malheureusement, je n’eus pas le temps de finir ma phrase qu’il rejeta d’un revers de main cette carte tendue en sa direction.  Rapidement il se leva et commença à me gronder comme si j’étais un petit garçon.

Il expliqua hâtivement que je n’avais pas à le prendre mal s’il ne m’avait pas reconnu car je n’étais qu’un avocat parmi tant d’autres et qu’à Montpellier nous sommes plus de 1200. Qu’en cette période sanitaire, il ne peut pas tous nous reconnaître sous nos masques. Continuant à pester, je compris qu’il s’agissait pour lui d’un geste de provocation visant à lui signifier qu’il se devait de me connaître… malheureusement il était clair que sa représentation mentale de ma personne et des avocats en général était très négative. Sans le vouloir, et probablement maladroitement, je l’avais offensé… De son point de vue, je ne pouvais que lui donner raison. Que ces personnages pédants et imbus de leur personne sont odieux !

Malheureusement, malgré mes explications et ma bonne foi je ne réussis à lui faire entendre raison. Il n’y a pas pire sourd que celui qui refuse d’entendre !

Pourtant lui a-t-on dit que parmi notre profession il y avait des gens issus de tous milieux sociaux ? Lui a-t-on dit que parmi notre profession beaucoup sont des passionnés et que défendre les plus démunis est une vocation ? Lui a-t-on dit que depuis le 14 mars 2020 parmi ces avocats anonymes qu’il côtoie chaque jour dans le pur anonymat, certains se battent à chaque instant pour que la Démocratie ne soit pas un vague souvenir ?

Une main tendue afin de sortir de l’anonymat, un simple malentendu dans ce monde ici-bas.

Cher Monsieur, si un jour vous me lisez, sachez que je ne cherchais nullement à vous offenser.